L'IMMIGRATION POLONAISE DANS LE NORD PAS-DE-CALAIS :
UNE INTÉGRATION REUSSIE

· Avant 1914, quelques milliers de Polonais viennent s'établir en France, et notamment dans le Nord Pas-de-Calais, pour y effectuer des travaux agricoles. A ces travailleurs saisonniers, viennent s'ajouter les mineurs d'origine polonaise en provenance de Westphalie (Allemagne). Leurs conditions de vie sont précaires mais ils bénéficient d'une certaine liberté dans les domaines culturel et religieux.

· A l'issue de la 1ère guerre mondiale, la France a subi de lourdes pertes humaines (près d'un million et demi de morts) et matérielles sur les champs de bataille et manque cruellement de bras. A l'inverse, la Pologne qui vient de retrouver son indépendance le 11 novembre 1918 connaît un essor démographique important mais le pays est faiblement industrialisé.
· Dès 1919, la France fait appel à cette main d'oeuvre polonaise d'abord en Westphalie puis directement en Pologne, dans la région de Poznan, au sud du pays et en Silésie. Une convention d'émigration est même signée entre les deux Etats le 3 septembre 1919.

· A l'origine, le séjour des travailleurs polonais ne devait être que temporaire : ils avaient la ferme intention de repartir en Pologne après avoir amassé quelques économies en France.
· Entre 1921 et 1938, 300 000 Polonais viennent donc s'installer dans l'Hexagone en Lorraine mais surtout dans le Nord Pas-de-Calais, en particulier dans les arrondissements de Lens, Lievin, Dourges, Ostricourt.

· Ils constituèrent jusqu'au tiers des effectifs du bassin minier ; certains sont aussi recrutés une nouvelle fois pour l'agriculture. Deux secteurs essentiels de l'activité économique à cette époque.

· Des familles se déchirent : les parents viennent d'abord souvent seuls, laissant les enfants avec leurs grands parents en Pologne. Très vite, la communauté polonaise s'organise. La vie associative est intense dans les domaines de la culture, du sport ou de la musique. Des écoles polonaises voient le jour. La plupart de ces activités sont structurées et soutenues par la Mission Catholique Polonaise. En 1924, paraît également le 1er numéro de Narodowiec, un journal polonais présent dans la région jusqu'en 1989. Le Warius Polski sera, lui, édité jusqu'à la 2nde guerre mondiale. C'est un véritable air de Pologne qui souffle donc sur la région dans ces années 1920/1930 : certains villages sont peuplés à 90% de cette population immigrée.
· Dans la cellule familiale, la femme s'occupe avant tout des enfants mais le salaire de l'homme n'est pas toujours suffisant. Les femmes travaillent donc également pour fournir un complément de salaire par des travaux saisonniers à la ferme ou au criblage de la mine. Par la suite, les jeunes filles seront embauchées dans les filatures et cotonneries.

· En 1945, seulement 70 000 Polonais vont regagner leur pays : les liens se sont tissés, leur vie s'est installée dans la région et tout rompre une nouvelle fois pour repartir n'était guère envisageable. La Pologne, elle, a, en plus, un nouveau visage : celui d'une république socialiste, dévastée par la guerre. Avant le second conflit mondial, les mariages étaient presqu'exclusivement des unions entre Polonais ; à partir de 1945, les mariages mixtes se multiplient et les enfants rejoignent les écoles françaises.

· On évalue désormais à 500 000 personnes, la population du Nord Pas-de-Calais d'origine polonaise soit un habitant sur huit ! Tout le monde s'est habitué à rencontrer ces noms de famille aux nombreux z, w et k... Certes, certaines caractéristiques de cette communauté se sont estompées avec le temps mais il reste 25 paroisses polonaises et 50 prêtres polonais dans la région, des épiceries spécialisées dans les plats polonais et le réseau associatif est toujours aussi riche.

L'intégration de ces personnes polonaises dans le Nord-Pas-de-Calais est souvent citée en exemple : " Ce qui est formidable dans cette intégration, c'est que ces personnes d'origine polonaise sont à 100% françaises mais aussi à 100 % polonaises. Elles ont gardé des valeurs du pays, la langue, mais elles sont également très fières d'êtres françaises ! ", confie Jerzy Drozdz, Consul Général de Pologne à Lille.
La région Nord Pas-de-Calais collabore également avec trois voïvodies du sud de la Pologne (Katowice, Krakow et Bielsko-Biala).